La poterie d’El Hart n’Iaamine
El Hart n’Iaamine, nommé aussi El Hart n’Imziouen ou El Hart n’Harratine,
est un grand village situé 15 km à l’est de Tinghir, sur la rive gauche de l’Oued Todra. Il est connu par l’activité
artisanale d’une partie de ses habitants : la poterie.
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Entrée principale du ksar

Ruelle du ksar El Hart n’Iaamine
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Légende sur la fondation d’El Hart n’Iaamine
(d’après Moha Qeddi, considéré en 1998 l’homme le plus âgé d’El
Hart n’Iaamine)
On dit que le premier habitant d’El Hart fut un potier nommé Imizi, venu de Tamegroute
(vallée du Drâa) vers le milieu du XVIIIe siècle. Cet homme fut bien reçu par les Ait Hemmi d’Amezrou, qui lui
offrirent un emplacement où bâtir sa maison et un atelier de poterie. Mais quand ses enfants grandirent, les Ait Hemmi
commencèrent à avoir peur d’être dominés par les étrangers et les chassèrent de son territoire.
Alors la famille de potiers cherchèrent refuge dans une place nommée Tinigoumadène. Là,
ils construirent une maison sans porte, à laquelle on pouvait accéder seulement en grimpant par le mur à l’aide
d’une corde. Ils agirent de cette façon par crainte d’un redoutable lion qui ravageait la région à l’époque.
Plus tard arriva un frère du potier nommé Mansour et à deux ils bâtirent une maison plus
grande et renforcée, ainsi qu’un nouveau atelier de poterie. Très hospitaliers, ils accueillirent différentes familles
qui leur demandaient l’autorisation pour habiter près de chez eux. C’est ainsi qu’El Hart n’Imziouen est né.
Quand ce village atteint la trentaine d’habitations, commencèrent les conflits avec les
Ait Hemmi d’Amzaourou. Alors les potiers appelèrent ses proches de Tamegroute, qui arrivèrent pour leur secourir, et
El Hart devint le ksar le plus puissant de la vallée du Todra.
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Entrée secondaire du ksar

Vente de poterie d’El Hart

Pétrissage de la terre
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El Hart n’Iaamine au début du XXe siècle
En 1930, le lieutenant Beaurpère écrit à propos d’El Hart n’Iaamine :
« Grand ksar de la rive gauche, un des plus grands du Todgha avec Tinghir ;
la population se divise en 9 clans repartis en deux groupes.
1er – Ait Ameur : comprend les Ait Abdelmalek, Ait Mhand Ou Ameur, Ait el
Khoukh, Ikeddaren [potiers] et Ait Chaib.
2ème – Ait Mansour : comprend les Ait Ali Ou Saïd, Ait Ali, Ait Ichou et
Igourramen.
À un certain moment, les harratine d’El Hart étaient soumis à la suzeraineté des Ait
Bou Iknifen (Ait Atta).
Ils sont maintenant indépendants comme les Imazighen des autres ksour.
Le clan des Igourramen groupe les mourabitine des Ait Sidi Mouloud, dont
la zawiya mère est dans le Drâa (Mezguida) et dont une autre succursale est aux Ait Youl des Arba Mia des Ait Seddrat du
Dadès. Ces mourabitine sont au nombre de 30 feux.
Moqqadem : Sidi Mhamd ben Abderrezar.
à signaler la présence de quelques chorfa d’Ouezzan venus s’installer à El Hart il y a
une vingtaine d’années (...). Tous les ans, quelques harratine vont à Ouezzan travailler dans les propriétés des
chorfa.
El Hart n’Imziwane compte deux mosquées. Dans la plus grande, on trouve un
tamaris de très grande taille ».
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Moulure des trois minérales |
La poterie d’El Hart
Basée sur la production d’objets d’usage quotidien, surtout de pots à cuisine, la
poterie d’El Hart est connue par l’utilisation d’un émail naturel d’une couleur ocre. Ils l’obtiennent en mêlant trois
minérales : le quartz (SiO2), le sulfure de plomb (PbS) et un grès argileux qui contient oxyde de fer (Fe2O3).
Comme toutes les arts vivantes, la poterie d’El Hart évolue avec le temps et
s’adapte aux besoins du marché. Si auparavant ils fabriquaient surtout des pots et des jarres à eau, maintenant ils produisent
plutôt des tagines, des cendriers, des chandeliers et même des foyers pour les feux de camping gaz.
Ces dernières années ils ont commencé aussi à fabriquer des carreaux.
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Boue en repos

Tamisage de la boue

Pétrissage de la terre
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Procès d’élaboration de la poterie
La poterie d’El Hart utilise un mélange de deux sortes d’argile à proportions égales. La
première sorte procède de la rive de l’Oued Todra et elle est assez fine, avec un haut contenu de sable. La deuxième
sorte est apportée d’une colline proche au village et elle doive être bien tamisée pour en séparer les cailloux qui
l’accompagnent.
On mélange l’argile dans une cuvette, on y ajoute de l’eau et on la laisse reposer
pendant 15 minutes. En suite, on prend la boue produite à l’aide d’une boite et on le passe par un tamis. Après on le
ramasse dans un espace qui lui est destiné, on le couvre avec un plastique et on le laisse reposer toute la nuit.
Le lendemain matin on ramasse cette boue qui a déjà absorbé une partie de l’eau et on le
pétrit avec les pieds pendant un bon moment. Plus tard on le pétrit à nouveau avec les mains, juste avant de s’en servir.
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Travail avec le tour

Travail avec le tour
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Le tour
L’élaboration des différents objets a lieu à l’aide d’un
tour, situé dans un trou creusé au sol. Le potier, assis par terre, le fait bouger avec ses pieds. Une fois terminés les
objets, ils doivent sécher à l’ombre pendant un minimum de trois jours avant de les cuir, le soleil du Todra étant trop
fort et risquant de les fissurer. On les laisse au soleil juste un moment avant de les couvrir d’émail.

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Application de l’émail |
L’émail
Pour fabriquer l’émail il faut moudre d’abord les trois minéraux
à l’aide d’un moulin manuel fait en pierre. Une fois transformés en poudre, on les dilue dans l’eau et on décante
tout doucement ce mélange sur les objets déjà chauffés au soleil. En suite on les met dans le four.
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Le four

Extraction des pièces du four
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Le four
La cuisson dure entre 5 et 8 heures, suivant les objets. Le
four est alimenté de buissons sèches ou bien de copeau de bois, par une bouche inférieure. De dans, les objets restent
séparés les uns des autres grâce aux supports en céramique et ils sont couverts avec des déchets de poterie vieille. On
laisse toujours un petit objet à cuire au dessus de la vieille poterie ; quand il est cuit, le potier connaît que
ceux de l’intérieur le sont aussi et il peut éteindre le feu. En suite il laisse refroidir un peu le four, il sort
les objets déjà cuits et en sépare les supports, qui souvent laissent visibles ses trois empreintes caractéristiques.

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Contact avec l’auteur :

© Roger Mimó. Version française : Marc Belin. Tous les droits réservés.
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